QUE FAIRE
Que faire
de ce chemin
à peine goudronneux
enfoncé dans ta gorge
De ces graviers
qui craquent
d’usure et d’étincelles
et qui s’en vont
rouler
au fond
de ta poitrine
Que faire
de cette grange
abandonnée au vent
de ses échardes
de ses fissures
de ses ajours
de ses accrocs
de ses plaintes qui font
grincer les dents
Combien d’hivers
Combien d’étés
passés
rabâchés
épuisés
effacés de tes mains
Des siècles se cabrent
contre ses planches
usées
Que faire
de cette pluie fine
qui ébrèche ton visage
pour évider
ses contours
Que faire
de cette forêt
de ces colosses
prêts
à nous étouffer
de leurs cheveux figés
asphyxiés
de feuilles
Même le ciel
voudrait percer ce mur
à coups de lances
Que faire
de l’ombre qui s’installe
Elle jette
son grand voile
par-dessus l’épaule
puis remonte sa robe
jusqu’aux genoux
Elle voudrait
tremper ses pieds
dans la clarté du jour
Que faire
de cette herbe grasse
rouillée par la bruine
de cette mousse qui absorbe
tout
Que faire
de ce silence
qui étrangle
puisque nous sommes
faits
pour respirer
puisque nous sommes
faits
pour fouler
des vallées de bruyères
pour grimper
des montagnes de ciel pur
pour courir
à travers les plaines
qui font le cœur léger
quand le vent
les traverse
Que faire
puisque nous sommes
faits
de chair et d’os
d’horizons et d’azur
08.03.2026
© 2026 – Tous droits réservés